Née de l'observation de la concurrence, et de la volonté d'un pilote associée à la simplicité des règlements des années 70, la Chevron B19 est une voiture dont l'histoire continue de s'écrire aujourd'hui en compétition historique, notamment en V de V Sports. 

L'histoire de la Chevron B19 débute par une demande, formulée par Brian Redman. En avril 1970, lors de la première course du nouveau championnat d'Europe des Sport-Protos 2 litres, au Paul Ricard, il voit passer la Lola T210 découverte et comprend que son coupé B16 est condamné, trop lourd. Il presse Derek Bennett, patron de Chevron, de lui construire une barquette. Bennett répond qu'il a des B16 à livrer à ses clients en priorité, puis cède, en août. Faute d'argent pour étudier la carrosserie, il suit un autre conseil de Redman : copier la Porsche 908/3, dont l'aérodynamique est déjà au point.

Sant toit ni loi

Le résultat est la B16 Spyder, qui pèse environ 70 kg de moins que le coupé et marche d'emblée. Aux 500 km du Nürburgring, en septembre 1970, Redman mène de plus de 2 minutes quand un incendie détruit la voiture. Chevron la reconstruit en 15 jours et l'emmène à Spa, où Redman bataille roue contre roue avec la Lola de Jo Bonnier jusqu'au dernier virage du dernier tour : les deux partent en tête-à-queue à La Source, Redman enclenche la première le premier et gagne. Chevron enlève le titre constructeurs, d'un point.

Le seul exemplaire de la B16 Spyder a servi de « prototype », de « patron », en fin d'année 1970, et Chevron lance officiellement la B19 en 1971, qui en est la version aboutie, fabriquée pour les clients. Elle devient la voiture de l'écurie d'usine et de presque toutes les équipes privées : Red Rose Racing, DART, Canon Racing, et même Jo Siffert Automobiles pour Gérard Larrousse. Au centre, un Ford Cosworth FVC de 1 790 cm³, 4 cylindres, 16 soupapes, 240 ch à 8 500 tr/min.

Lauda brille à domicile

Le 23 mai 1971, au Salzburgring, Red Rose confie une B19 à un Autrichien de 22 ans devant son public. Helmut Marko rate son départ, Niki Lauda gagne, aidé par son coéquipier John Hine, qui contient Merzario dans les derniers tours. Coup d'essai, coup de maître : Lauda refusera ensuite une offre d'Abarth pour se consacrer à la monoplace. Ce sera sa seule victoire de la saison, et 9 points au championnat.

La suite ? La B19 d'usine de Chris Craft, dont le châssis DBE12 porte les initiales de Derek Bennett Engineering, gagne à Oulton Park pour ses débuts, puis enchaîne les casses : freins à Silverstone, accident de Bennett lui-même aux essais de Croft, tringlerie d'accélérateur à Brands Hatch. C'est un client, John Miles, qui remporte le championnat britannique sur sa propre B19, aux couleurs Castrol. En Europe, Brian Robinson gagne le Martini International Trophy à Silverstone, mais le titre constructeurs revient à Lola : 57 points contre 46 à Chevron.

La B19 engendre les B21, B23 et B26. Une seule apparition au Mans, en 1972, la n°69 de Michel Dupont, abandon à la cinquième heure sur problème de boîte de vitesses et d'embrayage. Paul Owens, bras droit de Bennett, en gardait pourtant le meilleur souvenir : la B19 était sa Chevron préférée.

Photos : Gilles Chaulet