Champion Funyo 2018 – Aurélien Robineau : « En 2015 je n’avais jamais touché une voiture de course… »

Grâce à notamment deux cartons pleins sur le Circuit Paul Ricard, puis à Navarra, et au terme d’une saison marquée par une incroyable régularité, Aurélien Robineau, 34 ans, succède à Nicolas Cannard au palmarès du Challenge Funyo V de V, catégorie SP05. Et avec lui, AGR Bleu Mercure touche à la consécration !

De retour cette saison pour un programme complet, vous voilà champion. Que ressentez-vous ?
Je suis extrêmement heureux, car je voulais offrir ce titre à mon père. Je ne pensais pas être prêt dès cette année, et je me suis rendu compte à quel point il était difficile de remporter un championnat. Pas sur le plan physique ou budgétaire, mais mental, car ça impose d’être dans de bonnes conditions sur chaque course. Pour cela, j’ai été très bien coaché et encadré chez AGR Bleu Mercure. Comme c’était une reprise, mon objectif pour 2018 consistait à terminer dans le trio de tête. A la vue de la concurrence, ç’aurait déjà été un très bon résultat. J’ai loupé mon premier week-end à Barcelone à cause d’une sortie et j’en suis reparti 28e, mais en sachant que la performance était là. Je ne me suis alors pas inquiété, car le bilan on le fait en fin de saison, et cela s’est confirmé dès Magny-Cours, puis au Castellet où je réalise le triplé, ainsi qu’à Navarra ! Je suis ainsi arrivé au Mans pour la finale sans avoir l’obligation de gagner, au contraire de Nicolas Cannard qui avait absolument besoin de remporter les trois manches. J’étais plus serein psychologiquement.

Après HMC Racing, qu’est-ce qui vous a décidé à vivre cette aventure avec AGR Bleu Mercure Racing Team ?
La première chose, c’est que l’on n’est plus dans un système de location, car chaque pilote est propriétaire de sa voiture. Il y a par ailleurs une ambiance et nous avons des valeur communes. J’avais déjà roulé et j’étais proche de Patrick (Seille) et Eric (Tessier), quant à Jennifer (Michel) et Arlan (Boulain), je les connais depuis l’époque du karting. Cela m’a convaincu. Ce ne sont pas que des équipiers, ce sont véritablement des amis.

Lorsque l’on est dans une écurie avec autant de pilotes capables de jouer la victoire, la cohabitation n’est-elle pas difficile ?
Pas du tout, car il n’y a jamais eu de consignes d’équipe, et nous avons tous vécu « notre » week-end. Eric, Jonathan (Dessens), Patrick qui gagne à Magny-Cours… Un autre avantage que j’ai retrouvé, que Nicolas n’a sans doute pas eu chez HMC, c’est que nous pouvions comparer nos vidéos et travailler sur nos acquisitions de données, car nous étions quatre pilotes potentiellement rapides. Ce fut une force dans notre écurie. Même si on est des compétiteurs en piste, on ne s’est jamais fâché en dehors. Ce fut une année magique.

Qu’est-ce qui a fait la différence en votre faveur ?
Au Mans ce furent les quelques points d’avance qui ne m’obligeaient pas à gagner à tout prix. Nicolas, au contraire, était dans cette situation, et il a été victime d’un accrochage qui m’a en plus permis de passer en tête. J’étais prudent, j’avais vu le coup venir, et j’ai pu passer. Lui n’était pas dans la même situation, il devait attaquer, et ça a sans doute joué en ma faveur. J’étais cependant rapide, comme en témoignent ma pole et les chronos réalisés durant cette finale.

Qui ont été vos adversaires les plus coriaces ?
Nicolas Cannard et Eric Tessier. Ce dernier était peut-être un peu moins rapide, mais il a fait preuve d’une incroyable régularité. Il était toujours là ! Ce fut l’exemple de cette saison en la matière, et s’il n’avait pas abandonné à Navarra à cause d’une casse mécanique, il serait arrivé au Mans avec une trentaine de points d’avance.

Quels ont été les temps forts de votre saison ?
Je dirais mon premier triplé sur le Circuit Paul Ricard. Lorsque je roulais en F5, j’ai toujours joué devant, mais je n’ai jamais gagné. J’étais un peu le Poulidor de la catégorie. Avec ces trois victoires au Castellet, dans la foulée de trois 2e places à Magny-Cours, j’ai eu un déclic qui m’a permis d’avoir confiance en moi et de nourrir une détermination à vouloir gagner, que je n’avais pas auparavant. J’étais d’autant plus déterminé que je voulais offrir ça à mon père.

Et a contrario, avez-vous vécu des moments difficiles ?
De frustration, oui, à Barcelone, car je signe le 2e temps des essais, et je me sors bêtement en course. Repartir 28e d’Espagne n’était pas forcément facile à vivre, mais j’en ai tiré une leçon, à savoir qu’en Funyo chaque point compte, qu’il ne faut pas être démoralisé car on nous retire les deux plus mauvais résultats, et que la régularité finira par payer. Ça a été le cas par la suite.

Résumez-nous brièvement votre parcours avant la Funyo.
Je suis issu d’une famille de kartmen et j’ai baigné dans cet univers depuis mon plus jeune âge. J’ai commencé à 6 ans et gravi les échelons dans les différentes catégories, opposé notamment à des pilotes comme Nico Rosberg, jusqu’à passer tout près du titre national en 125cc à boîte. J’ai roulé jusqu’à 19-20 ans avant de passer les sélections de l’Auto Sport Academy pour concourir en Campus. La FFSA offrait une bourse si on gagnait le volant, et je l’ai remporté, mais je n’avais pas le budget complémentaire suffisant pour disputer la saison. J’ai donc arrêté de courir, un peu frustré du sport auto car sans argent, impossible de poursuivre. Et ce n’est qu’en 2015, quand ça commençait à vraiment me manquer, que ma femme Pauline m’a incité à trouver des budgets. J’ai réussi et c’est ainsi que je me suis rapproché de HMC pour reprendre la compétition en F5, face à Cyril Denis, Cédric Gardin et Renaud Malinconi. En 2017 j’ai très peu roulé, car nous avons accueilli la naissance de notre fille, et c’est à Jarama que j’ai découvert AGR Bleu Mercure en remplacement d’Arlan Boulain pour tester la SP05. C’est d’ailleurs ce qui m’a incité à investir dans ma propre voiture.

Pourquoi avez-vous choisi de vous orienter vers la Funyo lorsque vous avez repris la compétition ?
Clairement, à l’écoute de mes amis qui roulaient en kart. Et en terme de budgets, parmi les moins onéreux pour le rapport prix / performance / plaisir, la Funyo m’a semblé être la meilleure option pour débuter en sport automobile. On le voit, car tous les pilotes qui ont remporté le championnat ont tous évolué par la suite. C’est une voiture fun et rigolote, facile à prendre en main, mais pour être devant, c’est très difficile, et quand on arrive dans des catégories plus élevées, on est loin d’être ridicule. Bien au contraire. C’était donc selon moi une très bonne école pour débuter en prototypes.

Remettrez-vous votre titre en jeu l’an prochain ?
J’ai un objectif et un rêve depuis tout gamin, c’est de disputer les 24 Heures du Mans. Et comme je crois en mes rêves, je vais tout faire pour y parvenir. En 2015 je n’avais comme seule expérience que le karting, je n’avais touché une voiture de course, et trois ans plus tard, me voilà champion. Le Mans n’est donc pas impossible, et si je peux rouler l’an prochain en LMP3, j’ambitionnerai les 24 Heures en LMP2 en 2020. Ensuite j’arrêterai ma carrière et je me consacrerai à ma famille et à ma petite fille.

 

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